lundi 4 janvier 2010
Lettre de Frolio Zelpher à Sarah Zelpher.
Sarah,
Mon amour. Ma vie. Nous ne nous sommes jamais compris. Mon ambition, mes rêves de gloire, de puissance, n'ont été pour toi que des marques d'une puérilité dont tu m'affublais,
qui te faisait sourire.
Mais nous voici. Nous sommes maintenant à l'aube d'un age ou je serais le fort, et tu seras la faible, la miséreuse. Si je te trouve, je te tuerai.
Je suis ton meurtrier, je suis ta peur.
Tu n'es pas exceptionnelle. Tu as partagé ma vie durant des années, sans jamais me comprendre, sans jamais te soumettre à ma grandeur.
Je suis un élu. Toi, vous, toutes les larves rampantes, gigotantes, geignardes qui peuvent composer l'espèce humaine. Personne ne sort du lot. Personne n'a mon ambition.
J'ai été choisi. Hasard, destin, chance. Foutaises. J'ai été choisi pour la force de ma volonté. Je -me- suis choisi.
Mes espions m'ont récemment indiqué que tu portais en toi le fruit de notre union. Je comprends désormais la raison de ta fuite. Tu n'as jamais eu peur de moi.
Jamais tu n'aurais fui, si quelque chose n'avait pas fait naitre cette peur en toi.
Tu t'es avilie, salie. Je t'estimais.
Tu as peur pour un être qui n'est pas toi. Tu es seule, tu auras froid, tu auras faim. Aucun espoir d'une vie meilleure ne viendra illuminer tes demains, les larmes rempliront tes hier, et l'angoisse tes aujourd'hui. L'enfant que tu portes sera ta malédiction. Je te ferai le haïr pour ce qu'il est. Tu souhaiteras l'avoir tué avant même d'avoir le temps de changer ses premières souillures.
Je suis ta peur et je suis seul.
L'amour, l'humanité, les sentiments, tu m'a dépouillé de tout cela le jour où tu m'as fait choisir ma solitude. Je suis ta plus grande victime. Nous aurions pu vivre heureux.
Au sommet de notre gloire, nous aurions été les empereurs de ce monde, les dieux vivants de la vermine grouillante dont je nous ai extrait. Tu m'as forcé. Je n'ai pas voulu
ce choix. Il est trop tard. Un autre moi, dans une autre vie, aurait été un homme triste de me résoudre à cette fatalité. Seule reste désormais ma rage.
J'ai tué. Des hommes, des femmes, des enfants. Des estropiés, des mendiants, des voleurs, des meurtriers. Des Donneuses, des chamans, des Prêtres.
Aucun remord ne m'habite, aucun cauchemar ne hante mes nuits.Je te tuerai de mes mains. Ma rage te fera bruler.
Je suis seul. Je suis ta Mort. Mon nom est Melech.
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